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Méditer

Il existe différentes méditations, mais dans le Jnana Yoga, nous traitons principalement la méditation sans objet. Le but de la méditation est ici principalement de créer un espace entre le point d'observation et les pensées.

Si les autres disciplines de la vie sont un entraînement à avoir, la méditation est un entraînement à être. Pour cela, il ne faut pas craindre d'abandonner toute idée préconçue, tout jugement, toute connaissance théorique avant de méditer. La connaissance ne peut pas décrire ce qui est ressenti durant la méditation, elle ne peut pas non plus la remplacer. Même le plus érudit ne peut connaître sa véritable nature à travers des lectures.

Il n'y a aucun cas historique de maître spirituel qui n'ait médité. Comme le dit Ramana Maharshi, un grand sage de l'Inde contemporaine, la méditation peut avoir eu lieu avant la réalisation, ou après. Ce travail, appelé dans l'hindouisme Sadhana, est nécessaire pour stabiliser l'état d'Eveil. Sans méditation, comme c'est le cas pour de nombreuses personnes, la réalité apparaît subrepticement mais ne laisse pas place à une réalisation définitive.

La préparation

Passer d'une vie très active, où le mental est toujours investi dans des objets extérieurs, à une assise immobile, n'est pas une chose facile. Aussi, il est possible qu'il soit nécessaire pour la personne de pratiquer des exercices physiques préparatoires, tels que ceux des arts martiaux, ou du yoga (appelé hatha-yoga), avant de se lancer dans l'assise immobile.

Lire des livres spirituels, et écouter des guides spirituels, peut aider aussi à méditer. Même si dans l'absolu cela n'est pas d'une grande utilité, les enseignements spirituels augmentent le besoin et la curiosité de connaître sa véritable nature. Et il n'est pas rare de voir quelqu'un se décider à pratiquer la méditation après quelques années d'études théoriques infructueuses.

Comme dans la pratique d'un sport, il est plus motivant de pratiquer en groupe plutôt que de le faire seul chez soi. Donc il est fortement conseillé aux débutants de rechercher un lieu de pratique, qui va le soutenir dans sa pratique, surtout dans les moments de doute. De plus, ces lieux sont aussi des endroits où l'on partage son expérience et où l'on rencontre des gens ayant les mêmes attentes.

La pratique

Pour les raisons citées plus haut, je conseille aux débutants de pratiquer dans les dojo zen. En effet, la technique du zazen est une pratique fondamentale excellente. Elle consiste à s'asseoir totalement immobile, et à concentrer son attention sur la respiration. Cette pratique peut à elle seule rapidement révéler la réalité. Dans le zen Soto, l'accent est mis sur la droiture de la position, afin de faciliter le déblocage des énergies, ainsi que le maintien de l'attention. Les yeux restent aussi ouverts, baissé à 45°, pour empêcher le pratiquant de se couper de l'instant présent et de rentrer dans des divagations. Tout cela est excellent, en tout cas c'est la meilleure pratique pour quelqu'un n'ayant jamais médité.

Mais si vous êtes quelqu'un qui a déjà pratiqué ce genre de technique pendant de nombreuses années, et que vous ressentez une certaine déception, je vous conseille la méditation sans objet. La base en est la même ; une assise immobile.

Cette dernière remarque pourrait offusquer certains pratiquants du zen, mais elle n'est valable que dans le cas où l'enseignant insiste lourdement sur la notion d'ego, ce qui se passe très souvent en Occident. Au Japon, les enseignements du zen Soto traditionnel reposent exclusivement sur la pratique. Cela évite aux moines d'entendre les discours erronés, et par là-même de se faire une idée de ce qu'est l'Eveil.si un moine demande au maître une question d'ordre théorique, le maître répond : as-tu fini de manger ? Si oui, va laver ton assiette !

En effet, le concept de l'ego en Occident repose sur les travaux de Freud, qui conçoit l'égo en tant qu'entité réelle et autonome. Or, en réalité, l'égo n'est que la réflexion d'un état. Il n'a pas d'existence autonome, comme l'ombre n'a pas d'existence sans la source de lumière. Aussi donner de l'importance à la notion d'ego, c'est renforcer cet état illusoire.

La méditation dans le Jnana Yoga

Les cycles

Dans un premier temps, le lien entre l'observateur et les pensées diminue, le mental n'alimentant plus des constructions-idées. Dans un second temps, les pensées surgissent selon un mode décousu, et l'observateur les regarde comme les nuages qui passent dans le ciel. Et enfin, les pensées sont perçues comme objets extérieurs, et l'observateur n'en est pas l'auteur. Dans cette dernière étape, l'observateur et l'objet observé, c'est-à-dire ici les pensées, disparaissent pour ne laisser que la sensation d'être.

Au cours de la méditation, ces trois étapes peuvent apparaître tour à tour, sans pour autant la qualifier de bonne ou mauvaise. Une "mauvaise" méditation est une méditation que l'on évite d'entreprendre pour telle ou telle raison. Toute autre méditation ne peut être qualifiée de ratée, ou réussie. En effet, la méditation n'est pas un objet servant à augmenter la notion d'ego, et dont certains n'hésitent pas à mettre au même niveau qu'un exploit sportif.

La foi

Même si le Jnana Yoga n'est pas un enseignement religieux, il est important d'avoir la foi dans les renseignements des grands maîtres et des écritures. Cette fois doit concerner particulièrement un point que peu d'Occidentaux sont prêts à accepter, à savoir que notre destin ne nous appartient pas. Et même plus, que la source des actions du corps n'est pas nôtre.

Voilà un point sur lequel butent la plupart des pratiquants. Cela peut se comprendre par la place importante qui est faite dans notre société concernant la responsabilité que nous devons avoir sur nos actes et leurs conséquences. Pourtant, dans toutes les pratiques spirituelles, l'accent est mis sur l'action sans but ni profit, sur le fait d'abandonner l'attente d'un résultat, et sur l'absence de fierté qu'il faut avoir par rapport à ses actes.

Aussi généreux et innocents que puissent paraître ces enseignements, il comporte un lâcher prise essentielle à la réalisation de notre véritable nature. Celui qui abandonne ses actions à Dieu, ou les offre à l'humanité, abandonne aussi tout soutien à la notion d'ego. Pour autant bien sûr qu'il n'y ait pas fierté à agir de la sorte.

Bien qu'il y ait un lien très subtil entre vous et les actions du corps, vous n'êtes pas l'auteur de ces actions. La preuve en est, que dès que vous abandonnez la responsabilité des actions, que vous observez ce qui se passe, non seulement les actions ne s'arrêtent pas, mais elles deviennent précises et harmonieuses.

Durant la méditation, il est donc essentiel de ne pas culpabiliser, de ne pas se sentir l'auteur des pensées, mais plutôt d'observer le mental comme s'il était gouverné par une force extérieure. La distance ainsi créée entre le point observateur et le mental va changer radicalement la nature de son contenu.

La position

Toute méditation nécessite une assise immobile, mais à la différence du zen Soto, la position peut-être beaucoup plus relâche, et les yeux sont fermés. Une bonne position n'est pas une position qui va aider au déblocage des énergies, mais plutôt une position qui va aider à oublier le corps.

C'est pour ces raisons, que ce type de méditation est difficile pour quelqu'un qui débute. N'ayant pas d'entraînement, le débutant a les conditionnements mentaux associés à une position confortable, à savoir d'entraîner automatiquement le corps dans le sommeil. Ce type de méditation est donc peu adaptée à la pratique en groupe, car rapidement, une bonne partie de la pièce se retrouve à dormir bruyamment. Pour une pratique en groupe, il est conseillé de garder une posture plus dynamique, plus rigide, comme celle de l'assise avec le dos droit du zen, ou une assise sur une chaise, ou un tabouret ergonomique.

Afin de ne pas fatiguer le dos, il doit être supporté par un coussin. Ainsi, si le Samadhi s'installe, le pratiquant peut rester stable dans son état. La plupart des canapés conviennent à ce genre de méditation, il suffit simplement de caler un petit oreiller dans le bas du dos afin de pousser la colonne vertébrale à une légère cambrure. Les jambes sont croisées et les mains reposent au milieu, le pouce droit enfermé dans la main gauche. Il est important de ne pas contrôler les mains et de ne pas leur donner une position particulière qui requiert de l'attention, comme c'est le cas dans le zen.

La position prise doit être confortable et doit pouvoir être gardée sans effort pendant deux heures. Il n'est pas nécessaire de méditer aussi longtemps, mais avoir une position confortable vous permet de méditer aussi longtemps que le besoin s'en fait ressentir.

L'attention

Dans la méditation du Jnana Yoga, vous pouvez placer l'attention sur le point entre les deux sourcils, ou sur aucun point en particulier. L'important est ici d'abandonner tout désire, toute attente et de laisser se produire les phénomènes comme s'ils se sont indépendants de vous-même.

Il faut arriver à recréer l'état mental qui existe juste avant l'entrée dans le sommeil ; cet état où l'on ressent « tout cela n'a pas d'importance, je suis fatigué ». C'est un genre de lâcher prise sur le mental, l'observateur observe et ne veut plus interférer. C'est l'attitude passive.

Vous pouvez aussi avoir une attitude active, selon votre état physique. Soyez alors comme celui qui attend qu'une pensée surgie, curieux d'en connaître le contenu. Dès qu'une pensée surgie, regardez la et attendez la suivante. Un peu comme un téléspectateur qui zapperait avec une télécommande. Cet état d'excitation va rapidement faire place à une attitude plus passive, une attention détachée, une sensation d'exister pure.

Rester dans cette pure conscience est ce qu'on appelle l'Eveil, mais cela ne veut pas dire non plus que perdre cet état est un recul dans votre pratique. L'important ici est de reconnaître cet état. La réalité étant plus forte que l'illusion, les moments de conscience seront de plus en plus présents et le jour viendra où elle sera permanente.